Les états du moi pour mieux se comprendre...
Nous avons dans un article précédent évoqué Eric Berne, père de l'analyse transactionnelle. Une transaction étant un échange entre deux entités. Cette théorie des années 50 a été poursuivie, fouillée, précisée, développée par d'autres qu'Eric Berne. Elle n'est pas contestée, ce qui lui donne une certaine "fiabilité" dans la compréhension des comportements, tant les nôtres que ceux des autres. Elle est en outre, très facile à comprendre et simple à utiliser.
Les disciples d'Eric Berne ont enrichi l'analyse transactionnelle de nouvelles fonctionnalités, un peu comme une appli personnelle. Elle nous permet d'apprendre à nous entendre, à nous écouter, à nous connaitre, à nous protéger, à fixer nos limites, à vivre en congruence...
Elle nous permet d'identifier qui nous parle, qui lui répond. Cette technique, cet outil nous permet de mettre en face de l'interlocuteur la bonne personne, le bon profil, le bon état du moi. C'est un outil très performant utilisé sur soi, car il permet de mieux comprendre nos interactions. Enfin, une fois qu'on se l'est approprié, il s'étend à la vie en communauté et nous permet de mieux nous entendre avec notre entourage, car on saura l'écouter.
L'écoute de soi.
Les psychologues, "prêtres" modernes, s'accordent sur le constat qu'être bien avec soi, c'est être bien avec les autres. Qu'en pensez-vous?
Réponse A: Les psys, c'est tous des tarés...
Réponse B: Hmmm, Hmmm, pas idiot...
Réponse C: Entièrement d'accord sur ce fait...
Si vous avez répondu A, vous n'avez pas tord. Sachez qu'au regard de la psychologie, nous le sommes tous plus ou moins. La recherche du bonheur, du développement personnel, nous permet de pondérer, de relativiser ce constat. Cette recherche en nous fait naitre et s'épanouir une nouvelle fleur: la bienveillance. De fait, nous nous écarterons de ce genre de jugement (probablement faux, issu de croyances populaires), peut-être signe d'une mauvaise connaissance de cette science humaine ou d'un inconfort personnel avec la "psy" qui jouit d'une mauvaise réputation du fait qu'elle s'est tout d'abord tournée vers des personnes malades ou en extrême souffrance. Et vous, vous n'êtes pas "fous"!
Cela fait plusieurs décennies cependant, qu'elle s'est ouverte aux humains qui, quoique pas "malades", sont à un moment ou un autre de leur vie dans un questionnement profond sur eux, sur le monde, sur le bonheur et la joie, dans une recherche d'épanouissement, dans le besoin de s'améliorer pour que chaque jour de sa vie soit expérimentée avec plaisir, assertivité et partages avec les autres.
Vous avez répondu B. Alors vous êtes ouverts à cette possibilité que l'on expérimente sur soi et avec soi, des comportements nouveaux que l'on utilisera ou non le lendemain, dans le quotidien, au prochain entretien avec le chef de service... N'avez-vous jamais imaginé, répété votre attitude face à une situation (réunion, entretien, discussion...) avant qu'elle ne survienne? Cette répétition vous a-t-elle préparé(e)? ça fonctionne?
Vous avez répondu C. Vous êtes convaincu, vous vivez peut-être même, dores et déjà ce type d'expérience. Vous utilisez peut-être (consciemment ou non) des outils pour réagir de façon bienveillante à des situations ou à des personnes. Vous le faites de façon empirique, autodidacte et peut-être que cet article vous apportera quelques éléments de réponses pour diversifier, élargir, améliorer votre technique.
Réticents, ouverts ou convaincus, laissez-vous accompagner dans une meilleure compréhension de ces mécanismes et l'amélioration de l'utilisation de cet outil: l'analyse transactionnelle.
Apprendre à se connaitre, s'est d'abord s'écouter. Ecouter les petites voix qui se disputent au fond de nous. Ce sujet a été évoqué dans un article précédent (Sommes-nous notre propre tyran?). Nous nous parlons tous, les fous, les psys, les gens "normaux"... Tout le monde se parle! Qu'on la nomme "petite voix intérieure", "les amis dans ma tête", "mon démon", qu'on l'exprime avec des "je me suis dit...", "quelque chose au fond de moi...", on a une, ou plusieurs petites voix. Tantôt bienveillante et douce "tu as (j'ai) fai/t/s du beau travail", tantôt moralisatrice "ce n'est pas bien de...", "tu n'aurais pas dû...", tantôt tentatrice quand elle nous pousse à justifier un acte que l'on ne veut pas commettre "allez! Un dernier verre/spliff...", parfois accablante "tu es un/e idiot/e, c'est lamentable de faire quelque chose pareille", "j'ai tellement honte de toi/moi!", une voix s'éveille en nous. Elle représente un état du moi.
L'écoute de soi, cela peut être identifier nos conversations. C'est ensuite identifier les personnages qui interagissent. C'est enfin savoir si notre identité est en harmonie, en accord avec la voix. Nous verrons plus loin, que nous pouvons, lorsque nous nous en donnons la peine, répondre aux voix qui nous tyrannisent et augmenter de façon spectaculaire notre assertivité et notre bien-être.
Les états du moi sont des profils. Eric Berne les a défini dans l'analyse transactionnelle (il est de loin préférable de s'approprier le mécanisme que de retenir des termes spécialisés, quoique comme vous le verrez, bien peu de termes dans cet outil sont complexes).
Ces états du moi pourraient être considérés comme des cristallisations de trois périodes de notre vie: l'enfant, le parent, l'adulte (souvent ciglé P.A.E). Ils s'acquièrent pendant notre enfance et évoluent au long de notre vie. Eric Berne a affiné les profils: trois enfants, deux parents, un adulte, partez...
Trois enfants:
L'enfant se divise en deux catégories:
L'enfant adapté qui peut être:
Soumis. C'est l'enfant que l'on est dans des situations où l'on considère que l'autre (chef de service, parents, profs...) a le pouvoir,
Rebelle. C'est l'enfant qui va contester ce pouvoir.
Et l'enfant libre. C'est l'enfant qui rêve, qui crée, lui est au dessus du pouvoir. Il conserve tout de même, la fragilité d'un enfant.
Deux parents:
Parent normatif. C'est le parent qui édicte les règles, qui juge les situations. Il est celui qui nous gronde.
Parent nourricier. C'est le parent protecteur, parfois surprotecteur, celui qui peut être étouffant.
Un adulte:
L'ordinateur. C'est la raison pure, sans les émotions. Juste, exact, "froid".
Avez-vous identifié dans ces profils, certains traits de vos petites voix? Certains traits de vos réactions peut-être? Nous avons tous ces "personnages" plus ou moins développés chez nous, mais nous les avons tous, comme des livres dans une bibliothèque et nous pouvons les mobiliser, les consulter ou les laisser de côté, cependant, ils sont inscrits dans notre développement.
Nous pouvons constater la simplicité et sous certains aspects la justesse de cette analyse.
Eric Berne parle de transactions parallèles lorsque l'interlocuteur qui nous répond est celui que l'on a interpelé.
Ex: "Je pense que Dieu existe
- Ah qu'est ce qui vous fait dire ça, car je pense justement l'inverse.
- C'est tout de même évident! Il a bien fallu créer tout ça!
- La science a depuis bien longtemps défait ce canevas...
Deux parents normatifs discutent. On sent bien que la fin risque d'être une suite de tentative de montrer à l'autre qu'il a tord. A ce titre, si vous avez des enfants, avez-vous discuté d'un modèle éducatif avec vos parents, différent de celui que vous avez reçu? Vous les avez convaincu? Ont-ils réussi à vous convaincre?
Dans la transaction oblique on cherche volontairement à toucher un autre profil que celui depuis lequel on parle.
Ex: Un couple s'apprête à se mettre à table.
- Mets le couvert s'est prêt. Demande l'un des deux après avoir fait la cuisine.
- J'arrive. Je fais ça de suite après m'être lavé les mains.
Notez l'injonction Mets la table! Position parentale, qui ordonne à son rejeton (en l'occurrence, à son conjoint (e)) de s'exécuter. La demande ayant visé un parent, un adulte aurait été suivie de s'il te plait. C'est bien souvent de cette manière qu'agit inconsciemment le chef de service, il lance un ordre à un "enfant" et touche bien souvent l'enfant adapté soumis. Attention, il n'y a pas que cet enfant, comme nous l'avons vu, ce genre de demande peut être très mal interprétée et le résultat bien différent de celui attendu.
En revanche et c'est là que le bas blesse, nos interlocuteurs ne sont pas toujours ceux que l'on aimerait qu'ils soient. En parlant à une personne on peut parfois en toucher une autre.
En posant une question adulte à un adulte le demandeur accède à l'enfant rebelle (par exemple). On parle ici de transaction croisée. On reprend l'exemple de notre jeune couple:
- Tu peux mettre la table, s'il te plait? Le repas est prêt!
- C'est toujours moi qui mets la table! Et là je regarde un reportage très intéressant...
Vous souriez? Vous avez déjà vécu cela?
Maintenant à vous de jongler! Jongler avec les profils: Qui me parle? Qui lui répond? Ce jonglage est important, car il permet de mettre en face d'un interlocuteur l'état du moi le plus adapté. Ce jonglage, comme nous l'avons dit au début de cet article commence avec soi. Nous-nous parlons tendrement et tentons de nous protéger, nous sommes notre parent nourricier. Nous-nous faisons la morale, c'est notre parent normatif qui tente de nous imposer ses croyances, ses valeurs. Notez comme ces deux personnages peuvent être très ressemblants avec nos propres parents. Nous-nous évertuons à parler de faits, de logique de façon précise, nous sommes l'adulte. Quoique manquant cruellement de fantaisie et d'émotions, l'adulte est celui avec lequel nous privilégierons les discussions. Nous-nous parlons en proie à la soumission, nous sommes l'enfant adapté soumis. C'est un enfant fragile qu'il est préférable de protéger. Nous-nous répondons avec impertinence, en opposition, il est très vraisemblable que nous soyons en enfant rebelle. Nous-nous invitons à faire de nouvelles choses, à rêver, à créer, alors il s'agit de notre enfant libre.
Nous avons évoqué la possibilité de répondre à notre tyran lorsqu'il se mettait à nous tyranniser. Dans l'article du tyran, nous avons utilisé une phrase à lui dire: "Je t'ai vu tyran, je t'entends, je t'écoute, Je suis libre de mes choix et ton avis, quoiqu'important restera un avis, ton avis! Je décide de mettre fin à ton règne, à mon obéissance et de reprendre mon pouvoir que je t'avais confié! Merci pour ton aide dans ces moments ou je me suis laissé allé à l'acédie. Je reprends le contrôle, je décide pour moi!".
Il existe d'autres moyens. Il est nécessaire d'identifier le tyran et son profil et adapter sa réponse à son profil.
C'est le parent qui vous gronde et qui a honte de vous? "J'entends ce que tu me dis, cependant, je ne t'autorise pas à me parler de cette manière que je considère irrespectueuse. Change de ton et répète moi ce que tu viens de dire en me considérant comme ton égal!". Vous verrez votre assertivité remonter et une certaine satisfaction, une légèreté
C'est l'enfant qui veut vous inviter: "Tu es gentil de me proposer cela, cependant, actuellement, je suis en train de faire autre chose que je veux finir avant de te suivre. Tu me laisses finir et j'arrive!".
Bien sûr ce ne sont que des propositions et à chacun sa manière d'être au fond de soi et de se parler. A vous d'adapter vos réponses. C'est une pratique qui peut prendre du temps, car, pour pouvoir réagir correctement il faut être conscient des jeux qui se trament ici, conscient de la personne qui nous parle et conscient de la personne que l'on est à la réception de la transaction. Si notre interlocuteur est en parent normatif et que nous sentons en enfant rebelle, ce n'est pas le moment... Rien de bien positif ne sortira de cette conversation, il est même probable que ce sera un échange aux allures de dispute.
Prêts? A vous de jouer! Essayez! Soyez tenace, le jeu en vaut la chandelle, car vos échanges avec les autres vont vous remplir de confiance, de satisfactions et vous amener dans un état de paix inconnu jusqu'alors.
Portez-vous bien! Le bonheur est le chemin!